Tour à tour inquiètes et sereines les années s'écoulent sans bruit laissant comme un manteau de laine sur tous les hivers de nos vies- Yves Duteil

lundi 15 février 2016

[Livre] La fabrique du monde de Sophie Van der Linden : Mei, petite abeille textile




«  A expédier dans 4 jours.900 pièces. Nouveau modèle, nouveau tissu, nouveau slogan dans l’atelier. Votre ardeur au travail vous offre le meilleur des contentements. »
Au sein de  l’usine textile,  chacun doit travailler sans relâche afin de gagner sa pitance. Chaque ouvrier est l’un des rouages d’une immense machine de confection. Et si l’un  d’entre eux fait défaut et que la rentabilité en est affecté, le contremaitre veille à ce que tout soit réalisé dans les temps.


Nous en sommes en Chine et Mei est une jeune fille de 17 ans. Ayant arrêté l’école pour que son frère puisse rentrer à l’université, la demoiselle est obligée de partir loin de chez elle et de travailler  à l’usine. Elle y vit donc avec d’autres ouvriers et son maigre salaire ne parvient  qu’à payer son loyer et à envoyer un peu d’argent chez elle. Jour et nuit, elle coud sans répit des vêtements qui partiront pour l’Occident. A l’approche des fêtes de fin d’année, elle se voit retirer sa paye l’empêchant de rejoindre sa famille. Elle restera donc une fois de plus à l’usine. Trois jours détachée de l’engrenage, trois jours où tout peu changer ! Mais pourra-t-elle revenir à la normale et accepter sa condition ?


Mon avis :



Ne vous est-il jamais arrivé de regarder l’étiquette de votre nouveau vêtement pour connaitre le pays où il a été confectionné ? Moi tout le temps. Et surtout, j’imagine les personnes ayant à la chaine réalisé ce que je n’ai qu’à simplement payer.
J’ai été touchée par ce court roman qui a su retracer en quelques pages le changement d’une vie à l’autre bout du monde.  On a tous un moment où notre vie a basculé que cela soit en bien ou en mal. Parfois il suffit de peu ! L’auteure tout en légèreté et en simplicité nous introduit dans la vie de Mei. Et le temps d'une lecture , nous ressentons  sa colère, son recul, sa délivrance, sa joie de vivre,  et ses aspirations.


« Je m’empêche constamment de tout faire valser, de fondre en larmes comme une enfant qui croit encore que pleurer de rage changera les choses (…) »

Malheureusement, je trouve que tout va assez vite. Nous sommes en plein cœur de l’action et pour ma part il manquait un peu plus de contexte sur le travail en usine bien que l’auteure ne voulait pas en faire un roman social*. Le contraste entre la Mei du début et celle d' après en aurait été d’autant  plus frappant. Cela m’aurait permis de m’attacher plus aux personnages et à l’histoire en général. Même si le côté routine y est abordé, la jeunesse brimée et désillusionnée n’est pas exploitée à fond. Voilà je cherche la petite bête mais son poids, cette prison mécanique  qui l’opprime auraient du être miens au fil des pages.

« Et je me vois là, dans tout ça.(…) Quantité des plus négligeables, petite abeille laborieuse prise au piège de sa ruche. Enfermée là pour l’éternité. »



Il n’empêche, j’ai passé un agréable moment en compagnie d’une jeune fille en quête d’un avenir meilleur. Sophie Van der Linden dans ce premier roman, réussit avec brio à sortir de l’ombre une anonyme parmi tant d’autres. Une fille, une femme, qui de ses mains fabrique le monde. 





«  Et c’est repartit. Pour des pantalons de femmes en tergal. Gris. 2500. 3 jours. »



L’objet livre :

C’est en flânant parmi les rayonnages d’une bouquinerie, que j’ai été séduite par cette couverture où poésie et sensualité s’entremêlent harmonieusement.  Cette peinture  du célèbre peintre chinois Lin Feng-mien « Female Nude » illustre parfaitement le parcours de la jeune Mei. J’ai un faible pour l’Asie, je l’admets et plus particulièrement l’art et l’artisanat. 

 

 


Petite ambiance musicale :


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